Un petit nuage de poussière, au loin, dans l’artère rectiligne : ils arrivent. Je fais entrer Sylvia dans ma limousine blindée brûlante comme un four. La sueur colle sa robe légère aux courbes aériennes de son corps. Par miracle, l’air conditionné fonctionne, mais je ne monte pas tout de suite. J’ai envie de me distraire un peu.

La meute des cynanthropes, lancée au galop, n’est plus qu’à une cinquantaine de mètres. On perçoit leurs jappements mêlés de mots mal articulés, comme des éructations :

— Ach !... Vais l’crever !... Allez !...

J’ai sorti le STS du holster que je porte sous l’aisselle droite. Pas la peine d’ajuster, le cyberviseur a déjà sélectionné les cibles et la séquence de feu est en attente. Je tire dans le tas. Quatre cynanthropes roulent dans le sable, piétinés par les autres. Hurlements de douleur. La meute est presque sur moi lorsque je saute dans la voiture. À l’instant où je claque la portière, un terrible visage hybride se plaque à la vitre. Une patte griffue érafle la carrosserie comme je démarre. J’utilise toujours le pilotage manuel : l’automate est H.S. une fois sur deux, et le multicom de guidage ne transmet que des données erratiques. La horde est vite distancée. Sylvia se mord le poing. Je souris : elle s’habituera à ce genre de sport.

"Le Prisme de la lune sombre", extrait. Copyright éditions Rivière Blanche (2020).

Copyright Claire et Robert Belmas

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