Á nouveau ce noir de tombe. Une éternité, une heure ou une minute après la chute dans le néant. Bientôt l'horloge s'éveillera, et alors une nouvelle journée commencera. Et si aujourd'hui rien n'arrivait ? Si la conscience cybernétique du Ponton avait sombré pendant la nuit… Si Nadja était morte... J'imagine la plate-forme inerte, dérivant sur l'océan comme une arche en perdition, tandis que dans leurs cellules closes quelques spécimens aveugles frappent aux parois, de plus en plus faiblement. Le sang me cogne à la gorge. Refouler mon angoisse. Calme-toi. Pense, plutôt. Pense au rêve de cette nuit.

J'étais accroupi près de l'entrée du lac sous la montagne. Montés des profondeurs, les poissons des ténèbres ridaient par endroits le miroir étale. Au-dessus, le pic d'Arach découpait ses formes lunaires sur le ciel d'encre. Léonor me posa la main sur l'épaule.
" Je voudrais nager tout au fond, dans les cavernes.
- Mais l'eau est si froide... "

La blancheur de son corps ondoya dans l'eau épaisse et ses longs cheveux blonds glissèrent sous les reflets de la lune. Et puis, juste après, elle était contre moi, ses seins durcis par le froid pressés sur ma poitrine. Une plate-forme stratosphérique flottait dans le ciel, étrangement proche. Les fils de notre destin peu à peu s'emmêlaient.

"Le Bal des Ardents" (extrait). Copyright éditions Rivière Blanche (2020).

Copyright Claire et Robert Belmas

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