Vassili marcha droit devant lui pendant des heures. Peu à peu, inexorablement, il voyait se fissurer la surface fragile du réel, et un je-ne-sais-quoi de terrifiant affleurer comme une boue noire qui suintait par tous les interstices. Le mur de l'oubli commençait à craquer. Vers le milieu de l'après-midi, c'était devenu intenable : il pressait les poings sur ses oreilles pour faire taire les gémissements du vent dans les arbres et les cris menaçants des corbeaux. Le soleil jetait des éclats meurtriers entre les feuilles. D'étranges insectes vrillaient le matin froid et de massives plaques de fonte noire se dressaient dans les herbes grasses. Tout l'assaillait en vrac, tout l'accablait, tout l'accusait à nouveau. Il n'y échapperait pas.

 

Résigné, il eut encore la présence d'esprit de se replier dans le chaos d'un immeuble en ruine, et là, sous la gueule béante d'une colonne de vide-ordures, il cessa de lutter contre l'avalanche de sa mémoire.

"In memoriam" (extrait). Copyright Imaginaires Sans Frontières (2001).

Copyright Claire et Robert Belmas

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