La plaquette était restée près du lavabo : il avala une capsule avec un gobelet d’eau tiédasse, puisée au rationneur, qui rafraîchit malgré tout sa gorge desséchée et son œsophage irrité. Puis il s’assit dans un coin pour attendre l’effet des amphètes tout en s’accrochant d’un œil machinal à la bouteille de bourbon renversée au pied de la table de chevet. Il s’efforça de saisir une logique dans les ludannonces qui avaient succédé à l’horoscope. C’était terrible, il avait l’impression de rater quelque chose d’important : les dernières stratégies gagnantes du Tip Tap Top, les énigmes chaudes du Sexy Dream Show... Bien sûr, ça n’avait pas de rapport avec le coup fumant qu’il préparait, mais, il le savait, un vrai joueur ne peut s’intéresser ponctuellement au monde du jeu : il doit en assimiler toute la culture pour s’y fondre comme dans un nouvel élément.

Il commençait à se sentir mieux : un peu de couleur lui revenait aux joues et ses traits se détendaient. Allons, ça n’allait pas si mal. Il grignota debout dans l’angle-cuisine, sans véritable appétit, tout en étudiant les cyber-projections de la journée : il avait choisi sa ligne spatio-temporelle et en suivait l’évolution dans le Labyrinthe de la Chance en même temps qu’il zappait pour jouer en parallèle une partie de War Fields. Score final : double plus max. Pas mal. Entre-temps, sa ligne avait atterri non loin du centre de la cible bonus. Un bon présage : ce coup-ci, ça allait marcher, bordel !

 "Homo Ludivaguens" (extrait). Copyright Rivière Blanche, 2020.

Copyright Claire et Robert Belmas

This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now